La Voie

Quitter le salariat : rupture, démission ou congé pour créer ?

Sébastien Marcadet 6 min de lecture

En deux lignes Pour quitter le salariat et créer votre activité, quatre portes existent : la rupture conventionnelle, la démission pour reconversion validée, le congé pour création d’entreprise et la démission simple. Elles diffèrent sur ce qui décide de tout pendant que votre activité grandit : le filet qui vous reste, une allocation ou un poste qui vous attend.

Quelle façon de partir garde le plus de filet ?

J’ai passé vingt-six ans à diriger des équipes dans l’informatique avant de devenir entrepreneur indépendant, et la question que je vois arriver le plus tard chez les personnes que je reçois est aussi celle qui pèse le plus : par quelle porte sortir. On réfléchit des mois au projet, et on choisit la façon de partir en une semaine, souvent sous le coup d’une mauvaise journée. Or chaque porte laisse derrière vous un filet différent.

Le bon choix dépend moins de votre courage que de l’état de votre projet le jour où vous partez : déjà des clients, une idée encore à tester, une formation à suivre.

La rupture conventionnelle : ce qu’elle ouvre, ce qui change en 2026

C’est la porte la plus demandée, parce qu’elle ouvre le droit à l’allocation chômage, sous condition d’avoir assez travaillé. Elle se négocie à deux : votre employeur peut la refuser, et une demande bien préparée (la date, la passation, ce que votre départ coûte et rapporte à l’entreprise) a plus de chances qu’une demande lancée sur un coup de tête. Une fois signée, chacun dispose de quinze jours calendaires pour se rétracter, puis l’administration a quinze jours ouvrables pour l’homologer. Comptez donc un bon mois entre la signature et votre dernier jour.

Ce qui a changé : pour une fin de contrat depuis le 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation après une rupture conventionnelle est de 15 mois avant 55 ans, et de 20,5 mois à partir de 55 ans. Si votre plan comptait sur deux ans d’allocation pour lancer votre activité, refaites le calcul avec ces chiffres.

La démission pour reconversion : l’ordre des étapes décide de tout

Depuis 2019, une démission peut ouvrir le droit à l’allocation chômage quand elle sert un projet de création d’entreprise ou une formation. Trois conditions, et l’ordre compte autant que les conditions elles-mêmes :

  1. Avoir travaillé au moins 1 300 jours sur les cinq dernières années, chez un ou plusieurs employeurs.
  2. Demander un conseil en évolution professionnelle, gratuit, AVANT de démissionner.
  3. Faire attester votre projet comme réel et sérieux par Transitions Pro, la commission de votre région, toujours AVANT de démissionner.

Une démission posée avant la validation ferme cette porte pour de bon. Après la décision, vous avez six mois pour vous inscrire à France Travail, et dans les mois qui suivent, France Travail vérifie que vous avancez réellement sur votre projet. C’est la porte de celles et ceux qui ont un projet déjà construit, et qui acceptent quelques semaines de démarches pour garder leur filet.

Le congé pour création d’entreprise : partir avec un poste qui vous attend

C’est la porte la moins connue, et souvent la plus juste quand le projet est encore à prouver. Avec 24 mois d’ancienneté dans votre entreprise, vous pouvez demander un congé pour créer votre activité, d’un an renouvelable une fois, sauf accord collectif qui fixe d’autres règles. Le même droit existe en temps partiel : vous gardez une partie de votre salaire et vous libérez des jours pour construire.

Le congé n’est pas payé, et c’est là qu’il faut regarder vos comptes en face. Mais il vous laisse un retour possible : si l’activité n’a pas trouvé son public au bout d’un an ou deux, vous retrouvez un emploi équivalent. C’est exactement le filet que je décris dans tout le Carnet : le droit de se tromper sans que l’erreur soit irréversible. Les délais pour prévenir votre employeur et ses possibilités de reporter votre départ dépendent de votre convention collective : lisez-la avant d’écrire votre demande.

La démission simple : quand elle a du sens

Elle reste la plus rapide et la plus libre : un préavis, et vous partez. Elle a du sens quand votre activité tourne déjà, quand vous avez de côté de quoi tenir plusieurs mois de charges réelles, ou quand une autre porte s’est fermée et que rester vous coûte davantage que partir. Elle demande juste de le savoir avant : sans projet validé, une démission ne donne pas droit à l’allocation chômage.

Créer avec l’allocation chômage : la garder chaque mois, ou la prendre en capital ?

Si vous partez avec un droit à l’allocation, vous aurez un second choix à faire en créant votre activité.

À quel moment partir

Le meilleur moment se lit dans votre projet, rarement dans votre agenda. Trois repères simples : votre activité a déjà eu ses premiers clients, même peu nombreux ; vous connaissez le chiffre réel de vos charges mensuelles ; et vous savez par quelle porte vous sortez, avec le filet qu’elle vous laisse. Quand les trois sont là, partir devient une étape. Quand l’un manque, c’est lui qu’il faut construire d’abord, et la plupart du temps il se construit très bien en restant salarié, le soir et le week-end.

Pour chiffrer votre situation à vous : France Travail (simulateur et conseiller), un conseiller en évolution professionnelle, gratuit, et un comptable pour le statut de votre future activité. Cet article vous donne les bonnes questions à leur poser.

Questions fréquentes

Peut-on toucher le chômage en quittant son CDI pour créer son entreprise ?

Oui, par deux portes : une rupture conventionnelle acceptée par votre employeur, ou une démission pour reconversion dont le projet a été validé par Transitions Pro avant votre départ. Une démission simple, elle, ne donne pas droit à l’allocation.

Quitter son CDI pour une reconversion : faut-il démissionner ?

Pas forcément. Le congé pour création d’entreprise, ouvert après 24 mois d’ancienneté, vous permet de tester votre projet pendant un an, renouvelable une fois, en gardant la possibilité de revenir à votre poste.

Combien de temps dure le chômage après une rupture conventionnelle en 2026 ?

Pour une fin de contrat depuis le 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation est de 15 mois avant 55 ans, et de 20,5 mois à partir de 55 ans. Votre durée réelle dépend du temps que vous avez travaillé avant.

Sébastien

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