Une période de vie

Ne plus se sentir à sa place au travail : par où commencer

Sébastien Marcadet 5 min de lecture

En deux lignes Avant de changer quoi que ce soit, la question à trancher est ce qui ne va plus : le poste lui-même, le cadre qui l’entoure, ou une période de vous qui est en train de bouger. Le bon geste dépend entièrement de cette réponse-là, pas l’inverse.

Ce sentiment vient-il du poste, du cadre, ou de vous

J’ai passé vingt-six ans dans le management informatique avant de devenir entrepreneur indépendant, et je peux vous dire une chose avec certitude : le jour où j’ai commencé à me sentir à côté de mon propre travail, j’ai d’abord cru que le problème était le poste. Ce n’était pas faux, seulement incomplet. Il y avait le poste, oui, mais il y avait aussi une structure autour de ce poste qui avait changé sans que personne ne le nomme, et il y avait moi, qui traversais une période où mes propres repères bougeaient. Les trois se ressemblent de l’intérieur. Vus depuis votre bureau, un lundi matin où plus rien ne semble avoir de sens, ils produisent exactement la même sensation, celle de ne plus être à sa place ici. Et c’est précisément ce mélange qui empêche d’agir juste, parce qu’on traite souvent les trois causes avec le même remède, en général le plus radical, celui qui consiste à tout changer d’un coup.

Ne plus trouver sa place au travail peut venir d’un désaccord avec ce que le poste est devenu (les missions ont glissé, ce qui vous faisait venir chaque matin a été redistribué ailleurs), d’un désaccord avec le cadre qui porte ce poste (l’équipe, la culture, la direction, la façon dont on vous parle ou dont on ne vous parle plus), ou d’un mouvement intérieur qui n’a rien à voir avec l’entreprise et qui aurait fini par se manifester ailleurs aussi. La première étape, avant même de penser à la suite, consiste à séparer ces trois fils. Un poste qu’on peut réajuster ne se quitte pas. Un cadre qu’on ne peut pas changer ne se répare pas de l’intérieur indéfiniment. Et une période de vous qui bascule mérite d’être regardée pour elle-même, avant de lui faire porter la responsabilité d’une décision professionnelle qu’elle n’a peut-être pas provoquée.

Trois questions à se poser seul, avant d’en parler à qui que ce soit

Je me méfie des listes qui prétendent trancher un sujet aussi personnel en trois points, mais je crois profondément à l’utilité de se poser des questions précises avant de se raconter une histoire trop vite. En voici trois, dans l’ordre où elles prennent sens.

Est-ce que ce que je fais au quotidien a changé, ou est-ce que c’est moi qui ai changé pendant que le poste restait identique ? Cette question seule élimine déjà une bonne partie de la confusion : beaucoup de personnes cherchent à changer de métier alors que c’est leur rapport au métier qui a évolué, un rapport qui peut évoluer encore, dans un sens ou dans l’autre.

Est-ce que ce qui me pèse dépendrait de mon entreprise en particulier, ou est-ce que je le retrouverais ailleurs sous une autre forme ? Si la réponse honnête est ailleurs aussi, le problème n’est probablement pas le cadre. Il est en vous, et c’est simplement l’endroit où regarder d’abord.

Et la troisième, la plus difficile à formuler honnêtement : qu’est-ce que je perdrais réellement si je restais un an de plus, exactement comme aujourd’hui ? Pas ce que je perdrais en apparence, ce que je perdrais réellement. La réponse à cette question dit souvent plus que les deux premières réunies.

Quand un regard extérieur devient utile

Il y a un moment où ces trois questions ne suffisent plus, et ce moment ne se voit pas toujours de l’intérieur. C’est quand on tourne en rond sur les mêmes réponses depuis plusieurs semaines, ou quand on sent qu’on évite volontairement l’une des trois. Un regard extérieur sert à vous aider à voir ce que vous regardez déjà sans arriver à le nommer seul, parce qu’on est rarement le mieux placé pour observer sa propre situation depuis l’intérieur d’elle.

Cet article ne remplace pas un médecin si ce que vous décrivez comme une perte de sens s’accompagne d’une fatigue installée, de troubles du sommeil ou d’un épuisement qui dépasse le cadre du travail : c’est un sujet de santé avant d’être un sujet de clarté, et le premier vient toujours avant le second. Il ne remplace pas non plus un professionnel de l’orientation si la question posée est technique, un bilan de compétences, une reconversion vers un métier précis. Ce que je peux offrir se situe avant tout ça : voir clair sur ce qui se joue vraiment, avant de décider de ce qu’on ajuste.

Questions fréquentes

Perte de sens au travail, que faire en premier ?

Avant toute décision, distinguer si la perte de sens vient d’un changement dans le poste, dans le cadre, ou en vous. Se précipiter vers une reconversion ou une démission sans avoir fait ce tri revient souvent à répéter la même situation ailleurs, sous une forme différente.

Faut-il changer de métier ou juste de cadre ?

Cela dépend entièrement de ce que les trois questions révèlent. Si le métier lui-même a cessé de vous parler quel que soit l’endroit où vous l’exercez, la piste est le métier. Si c’est l’environnement précis qui pèse, changer d’entreprise peut suffire.

Combien de temps attendre avant d’agir ?

Il n’y a pas de délai universel, seulement un signal fiable : quand vous tournez sur les mêmes questions sans avancer depuis plusieurs semaines, c’est le signe qu’un regard extérieur aiderait davantage qu’un délai supplémentaire seul.

Si vous avez lu jusqu’ici, une question mérite d’être posée directement : qu’est-ce qui, dans votre situation, appartient vraiment au poste, et qu’est-ce qui vous appartient à vous, en ce moment précis de votre vie ?

Sébastien

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